L’abstraction marocaine puise sa source dans les travaux des artistes de l’Ecole de Paris comme
Soulages, Hartung ou Nicolas de Staël. Ce mouvement est fondé au lendemain de la seconde guerre mondiale, entre 1948 et 1956, il prône une nouvelle esthétique abstraite, en rupture avec l’abstraction géométrique apparue peu avant la seconde guerre mondiale.
Pour ces artistes, le thème majeur est « l’improvisation totale » lors de la création, afin de transposer une « esthétique psychique », où l’accidentel dans l’œuvre n’est pas une erreur, avec une spontanéité du geste qui se retrouve dans la violence de la touche.
La plupart des artistes marocains qui étudient à Paris, à cette époque, sont séduits par cette dynamique artistique, qui prône une liberté totale dans la création. Ils souhaitent rompre avec une certaine peinture figurative alors existante au Maroc, qu’ils assimilent à la peinture coloniale. Ce mouvement est accompagné d’une littérature libertaire en écho à cette peinture. Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Mohamed Melehi, Omar Bouragba, Farid Belkahia, Karim Bennani, en sont les pionniers. Ils auront ainsi ouvert la voie aux générations futures, même si certains, comme Gharbaoui et Cherkaoui s’éteignent très tôt.
Cette poignée d’artistes ne restera pas pour autant figée dans cette conception de l’art, hormis
Gharbaoui, qui demeurera jusqu'à sa mort dans une logique d’affrontement avec son œuvre, poussant l’abstraction lyrique jusqu’à ses limites, réinventant presque chaque année une nouvelle approche par ce biais.
Au lendemain de l’indépendance du Maroc, certains artistes développeront un thème identitaire, rejetant l’image du Maroc décrite par les peintres orientalistes à travers des images pittoresques (Kasbahs, souks, paysages) et intégrant des signes liés à la culture Amazigh, comme Cherkaoui avec la symbolique du tatouage, ou Belkahia avec l’utilisation des matériaux de l’artisanat local tel que le cuivre et les peaux.
A la fin des années 70, une nouvelle génération se détache progressivement de ses prédécesseurs pour évoluer vers une autre réflexion qui est la place de l’homme dans la société et dans son environnement.
Ce mouvement sera relayé par Meki Meghara, Saad Ben Cheffaj, Mohamed Kacimi, Saad Hassani. Ils intègrent dans leurs œuvres des figures ou des personnages aux formes simplifiées, plongés dans un environnement abstrait. Ce courant sera appelé « la figuration libre » marocaine. Il est toujours présent dans la création contemporaine.
